la déshabitante

Cafetière, assiettes, couverts, verres, planche à découper, théière, tasses. Enroulés dans du papier-bulle, des journaux. Sentiment d’inventaire. Empaqueter. Disposer le tout dans des cartons, les regrouper par fonctions. Avec un gros feutre, écrire le nom des pièces que l’on s’apprête à quitter. Prendre à la force des bras ses habitudes, les mettre en boîte, les conduire ailleurs. Déménager.

Chemises, chaussettes, collants, sous-vêtements. Pour un temps, se sentir déshabillée. Toute repliée.

Commencer par prendre la route. Mettre en mouvement ce qui fait nos appartements et traverser les paysages. Laisser derrière la mer. Faire face aux volcans. S’y engouffrer un temps. Trouver, enfin, la forêt. S’émerveiller du beau temps.

Un à un, prendre les vêtements, les déposer sur des étagères. S’occuper à occuper les lieux.

Cafetière, assiettes, chemises, couverts, collants, verres, théière, tasses, sous-vêtements. Se réveiller au milieu des objets et ne pas tout à fait reconnaître leurs places. Découvrir qu’une nouvelle lumière les entourent. Qu’ils sont comme neufs, étonnés.

Se sentir déshabitante, car mal habituée. Attendre que le temps passe. Que se déploie un nouveau filet d’habitudes. Que le temps s’occupe à remplir l’habitation de répétitions. Que le lieu devienne demeure. Qu’il ne soit plus question de le quitter.

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