ANIMAL incise

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Hippopotame et arbre à l’envers, Gilles Aillaud, 1971

 

En plein désert ANIMAL surgit devant les phares dans une course lourde et lente, anesthésiée. Sur ces quatre longues pattes, le dos voûté, ANIMAL m’apparait préhistorique.

ANIMAL est une peau souple et bouclée, tapis d’éveil.

A la télévision, ANIMAL pense et parle comme un humain.

ANIMAL est une vache, beaucoup de vaches qui lancent de grands coups de langues pour attraper l’humidité au creux des naseaux.

A l’adolescence, ANIMAL n’est plus qu’un cheval. Partout. Tout le temps.

ANIMAL me fuit.

Araignée noire et velue agrippée au-dessus de mon oreiller ANIMAL est une insomnie.

Rouge vif. Luminescent. Aveugle. Carnassier. Spongieux. Piquant. Immergé ANIMAL est une foule à découvrir.

ANIMAL chez moi, depuis tous les âges, c’est chaud, vivant, tendre, aimé, froid et digéré.

Le livre est un lac où tous les ANIMAL viennent boire.

En troupeau de brebis, ANIMAL façonne le territoire, le corps, ma vie.

A plusieurs, une fois l’an, on abat ANIMAL. On le saigne, l’ébouillante, le pèle, le découpe, on le cuisine pendant des heures, méticuleusement, religieusement.

ANIMAL est un substantif.

En ville, passer une journée sans croiser ANIMAL vivant.

Il y a un moment où ANIMAL hiberne quelque part, dans un trou où je ne vis pas : disparu de ma vie, enfui.

Les deux pieds dans l’enclos ANIMAL est parfois une menace.

ANIMAL rapetisse, n’est plus qu’un chien conduit en laisse dans des parcs. Rarement, un chat farouche derrière un canapé. Une fois, étrangement, une poule dans une salle de bain. La nuit, des rats sous les poubelles.

Entassé sur des carcasses de toutes sortes, ANIMAL disparaît dans le camion colporteur de mouches.

ANIMAL est une bataille, des dissidences.

Sorti d’une boîte en carton marron ANIMAL est un poussin jaune qu’on place sous la lumière rouge, la même que celle du grille-pain le matin.

Désormais ANIMAL dans les discussions crispe.

« ANIMAL on est mal ». Une chanson fredonnée.

Une paillette dans un tube : ANIMAL futur.

ANIMAL est totémique.

Dégoutée par la masse de chair mal grandie qui inondait mes assiettes au lycée ANIMAL se fait rare sous la dent.

Sur les plateaux du Larzac, ANIMAL regroupe les Hommes qui se refusent à son puçage systématique.

Son regard tendu vers l’extérieur ANIMAL immobile me reste un monde clos.

Forme douce qui niche dans mon lit, ANIMAL fétiche : lapin doudou.

ANIMAL porte un nom que je viens déposer sur l’encart blanc du sachet congèle.

Sur du papier mat, ANIMAL recouvre tant de mots, de formes surprenantes que je décortique images à l’appui. Casoar : poussin géant mortel.

Quand on lui perce les oreilles ANIMAL pleure comme moi.

ANIMAL offre de quoi supporter le froid.

Il m’arrive de parler ANIMAL. Il s’agit de relations privilégiées. Rien d’automatique.

ANIMAL est un loup pour ANIMAL.

ANIMAL peut être un dragon vivant. Varan.

Sur les cartes postales, ANIMAL est photogénique.

ANIMAL perce mon monde.