les sédiments

– dépôts textuels formés à fréquence variable depuis les matières du monde –

  • .204
    L’archive a ses vertiges. Sous certaines phrases, des cavités. Invisibles la plupart du temps, elles s’ouvrent sous le poids de certains lecteurs.
  • .203
    Il y a des mots que j’use peu. Papa est l’un d’entre eux.
  • .202
    Avant le confinement j’aimais être chez moi. Mais là j’angoisse. Peut-être qu’avec la saison dégueulasse qui arrive ça va se tasser. Le goût du cosy va revenir, j’espère.
  • .201
    10h30. 8 octobre 2021. Poitiers. Je fais la queue comme tous ces autres devant la porte d’entrée qui nous donnera accès à la braderie Emmaüs. Nous sommes une centaine à patienter pour dénicher quelques fringues à prix modique, peut-être quelques accessoires pour la maison, des chaussures ou quelques bodies pour… Lire la suite .201
  • .200
    La lumière du temps me traverse. J’ai trois ans, douze, trente-deux ans et soixante-sept à la fois. Je suis toutes mes cellules rassemblées : vieillissantes, perdues, en formation. Je suis toutes mes cellules et toutes les années du monde à la fois. Mémoire, présence et oracle. Plus rien ne craquèle à… Lire la suite .200
  • .199
    Tu regardes fixement le pan de mur qui se trouve devant toi et tu crois y voir les restes d’une tapisserie, probablement un motif fleuri dans des teintes brune, rousse, terre de sienne. Par endroits, tu crois apercevoir des motifs, bien que le papier soit très largement arraché, dévoilant la… Lire la suite .199
  • .198
    Quand ils se déplacent sur les murs, les écureuils ressemblent à des lézards.
  • .197
    Revenir.Glisser.D’un lieu à l’autre, les frontières sont parfois illisibles.
  • .196
    Par la bouche, par le nez, par ton corps tout entier, tu descelles la nature du terrain. Les verres s’inclinent, le vin s’aère, au-dessus du calice, les arômes se révèlent en silence. Tu dégustes, Disponible au seul présent, tu laisses ta mémoire ouvrir ses archives.
  • .195
    Le lieu, un vocabulaire.
  • .194
    en avant ça bute contre le gros orteil, ça fait frémir d’un coup et stopper net à un mètre dix du tableau blanc, ça fait baisser les yeux pour constater la pointe de la chaussure plantée dans le bois qui sonne creux, ça fait fossile et relief inattendu, vestige méchant… Lire la suite .194
  • .193
    je tape autrice je lis actrice systématiquement je m’agace systématiquement l’incorrection automatique.
  • .192
    À l’échelle du paysage, la crue est un bouleversement identitaire. En laissant les eaux se répandre, elle vient rebattre les cartes. Sans doute le plaisir que je trouve à observer les montées des eaux réside là, dans ces respirations d’identités. Dès les premières pluies, me voilà tendue vers ce désir… Lire la suite .192
  • .191
    Revenir.Glisser.D’un lieu à l’autre, les frontières sont parfois illisibles.
  • .190
    La langue collective est rétive, ne se donne pas sans négociations.
  • .189
    À trop rester à demeure, les corps cherchent des ivresses adolescentes.
  • .188
    Projetée hors du sommeil par un désir irrépressible de corps en mouvements, je veux sentir la peau, le souffle de ces autres, inconnus, effleurés sous les lunes synthétiques. Me voilà hors du lit, les jambes parcourues d’impatiences. Brûlante, je veux rejoindre la fièvre des anciennes nuits.
  • .187
    Sortir essorée, terminer liquéfiée, littéralement pétrie par la tension qui se noue dans le défi de faire écrire. Et quelle joie!
  • .186
    Tu te trouves face à un espace vide de présence humaine, une zone recouverte d’un fin gravier couleur rouille. Il fait nuit depuis plusieurs heures. Tu vois cette succession d’arbres décharnés par l’hiver, chacun dans son parterre carré (bordures de briques blanches et couvert d’ardoises pour bloquer la pousse des adventices).… Lire la suite .186
  • .185
    déplier, énoncer, attiser, admettre, reprendre, attendre, être là, regarder, découper, lire, faire lire, découvrir, commencer, répéter, encourager, déconstruire, évoquer, dire, faire écrire, laisser surgir, inspirer, peupler, ouvrir, éroder, reprendre, définir, délimiter, circonscrire, détailler, multiplier, accumuler, ressentir, formuler, couper, relier, faire advenir l’écrit.
  • .184
    Entrer ensemble dans l’écriture, donc commencer par vaciller. Billes écarquillées devant moi, bouches grandes ouvertes sous les masques, sourcils froncés et flot de questions. Comment ça tous les lieux du lycée? De quoi est fait un lieu? C’est dehors? C’est dedans? Mais, est-ce qu’un lieu existe si je n’y suis… Lire la suite .184
  • .183
    .Bommes, lisière du Ciron. Beige, grège, gris argent, pierre de lune, cendres et légers reflets d’ocre céladon strié de bruns, brume, brume, brume bercée par les branches du prunier, percée par les ronces du mûrier une aube encore à conjuguer les nuances.
  • .182
    Mercredi 20 janvier 2021: le vieil homme orange et jaune (après avoir gracié ses derniers amis) cède sa place, sans assister à la cérémonie, au très vieil homme blanc vêtu de noir qui jure (sur le gros, grand, lourd, Livre Saint que lui porte sa femme en manteau vert) d’être… Lire la suite .182
  • .181
    En hiver, bien après les feuilles, la vigne disparaît; les ceps sont des corps tortueux aux bras dressés vers le ciel. L’horizon est drapé d’une foule qui acclame en silence l’arrivée du givre.
  • .180
    Quand le Ciron retrouve son lit, ce sont des plages de sable qui rongent les berges. De Bommes à Sauternes: paysage hanté par une mer lointaine.
  • .179
    je m’étais replié, je me replie, je me replierai (?)tu t’étais replié, tu te replies, tu te replieras (?)il s’était replié, il se replie, il se repliera (?)nous nous étions repliés, nous nous replions, nous nous replierons (?)vous vous étiez repliés, vous vous repliez, vous vous replierez (?)ils s’étaient repliés,… Lire la suite .179
  • .178
    Prendre le temps d’observer, ne pas lésiner sur l’attention portée au monde et se laisser surprendre par les signes déposés devant soi. Aujourd’hui, trouver mondes familiers et dépaysements enchevêtrés, conjugués sur un mur, dans la multiplicité des glyphes.
  • .177
    Se présenter: pieds tournés vers les visages, dos au tableau, se rendre disponible au seul présent; se livrer à lui; être là, dans la seconde qui s’écoule et jusqu’à la prochaine, habiter ce temps; apparaître, faire acte de dévoilement.
  • .176
    En hiver, derrière les coureurs, une certaine odeur de lessive.
  • .175
    Écrire depuis le ventre du lieu. Les mains, le regard, le corps entier tourné vers ce ventre, car le ventre est un centre. Ici, je découvre que le lieu adéquat n’est pas toujours celui auquel on pense. Après deux jours, la pièce choisi au départ pour sa vue dépaysante sur… Lire la suite .175
  • .174
    Atterrir, poser les deux pieds sur le sol, un nouveau, un que je ne connais pas; regarder autour, découvrir les visages, les volumes, les horizons qui s’établissent ici; prendre le temps; atterrir dans l’expiration de l’air familier et poser un premier pied dans le nouveau lieu; être dans cette nouvelle… Lire la suite .174
  • .173
    À l’approche du départ, désigner ce qui fait monde, organiser ces choses dans ce qui semble à chaque fois être une trop petite boîte.
  • .172
    Dans l’épaisseur ténue du jour, vaciller, perdre l’équilibre, entrer de nouveau en mouvement et glisser hors de la stupeur, s’ébrouer pour se défaire de la sidération, retrouver les autres et l’autour, se mouvoir.
  • .171
    (début du texte : .166) Les pupilles focalisées sur ces éclats, je regarde s’épuiser les angles et mesure la force des corps qui rongent les pyramides de neige et de glace. Inlassablement, les rétines numériques enregistrent. Elles captent, notent et diffusent les mouvements pris dans leurs angles sans jamais trembler… Lire la suite .171
  • .170
    (début du texte : .166) . Islande C’est le live de l’épure et, en hiver, celui du guet. Le désir de capture exotique est porté à son comble. Immensité bleue, perdue dans la nuit quasi continue, j’attends indéfiniment. La ligne d’horizon, légèrement courbée par la lentille de la caméra, se… Lire la suite .170
  • .169
    (début du texte : .166) . Chutes du Niagara C’est pour le frisson, le fracas, la démesure, enfin ce que j’en imagine. La première fois le lien d’Earthcam ne me dévoile rien qu’une épaisse brume dans la pénombre. Il fera bientôt nuit et l’image, saturée de gouttelettes, ne m’offre rien… Lire la suite .169
  • .168
    (début du texte : .166) . Bali C’est une attraction pour les sons, BA – LI, et puis certainement une curiosité attisée par le voyage de deux amis. Je ne peux pas résister, il faut que je profite de leur passage, que j’y fasse un tour en espérant secrètement forcer… Lire la suite .168
  • .167
    (début du texte : .166) Sur toute la surface de la planète, des rétines numériques enregistrent et diffusent les mouvements du monde. Des corps font irruption dans les cadres, errent au centre de l’image ou traversent le paysage avant de s’éteindre en hors-champ. Sur la planète des yeux creux filment… Lire la suite .167
  • .166
    J’ai bien du mal à retrouver l’origine de ces départs réguliers, difficile pour moi de dire comment s’est creusée l’habitude d’aller regarder ailleurs et sans mes pieds. Je crois me souvenir d’une voix à la radio révélant l’existence d’une plateforme de caméras live. Le moteur de recherche n’a pas trainé… Lire la suite .166
  • .165
    Avec le Black Friday, en Corée du Sud, plusieurs hommes (des coursiers-livreurs) ont trouvé la mort. Ils sont tombés d’épuisement. Il y a des phrases qui requièrent qu’on les sorte des colonnes des journaux, qui exigent de nous qu’on les éloigne des bandeaux de publicités ciblées. Des phrases qui ont… Lire la suite .165
  • .164
    Dans les jours sombres, il m’arrive de penser que l’histoire des femmes est une histoire de l’enfermement.
  • .163
    C’est un véritable exercice, pour un esprit comme le mien, d’accepter de se laisser tordre par la rigidité des conventions. Comme une vache à qui l’on vient de poser une entrave, rien ne me donne plus envie de répondre en ruades et coups de sabot.
  • .162
    Suzanne faisait le même rêve. Chaque nuit les images revenaient. Légèrement modifiées. D’autres angles, d’autres cadrages, des rythmes différents mais, toujours, cela revenait. Elle se trouvait dans un bois, quelqu’un ou quelque chose la poursuivait, elle se cachait pour échapper à une menace trouble, imprécise. Il y avait un abri,… Lire la suite .162
  • .161
    Toute idée de nature est une mélancolie.
  • .160
    Certaines photographies sont des présages. Regardez de plus près. Retrouvez le vieil imprimé d’une chemise ou la disposition d’un salon. Vérifiez la date au dos de l’image. Bien que l’image ait été prise il y a des années, ce n’est que votre présent que vous voyez.
  • .159
    A la tombée de la nuit, vers 18h, poser le citronnier et le laurier sur le support à roulette et les hisser à l’intérieur. Ainsi, s’ouvrait l’hiver.
  • .158
    Manque le silence et les fenêtres calfeutrées. Manque les yeux froncés, mains tendues, crayon en main pour la mesure. Manque le son mat des fusains sur la feuille. Manque la chaleur de la lampe sur le coin d’une épaule puis le fourmillement dans la jambe d’être trop longtemps sans mouvement.… Lire la suite .158
  • .157
    Écrire: police sans serif. Penser: police sans shérif.
  • .156
    Partout, dans les villes, quelque chose me parle. Parcmètres, panneaux de signalisations, enseignes de magasins, prospectus laissé à terre, t-shirts ou casquettes imprimés d’un slogan, plaque d’un médecin, boîtes aux lettres, panneaux « Bienvenue » à l’entrée des résidences, pancartes sauvages fixées aux lampadaires pour retrouver un chat. Dans les moindres recoins,… Lire la suite .156
  • .155
    L’espace numérique est un monde de mirages où l’on croit voir des images, entendre des sons, lire des cartes quand, en définitive, toutes ces apparitions ne sont que les réfractions d’autres signes, formant langage; un langage difficile, que les novices, quand ils y ont accès, comparent à un grommelot hermétique… Lire la suite .155
  • .154
    Ça lui était revenu dans une après-midi de juillet. Elle était sortie sur la terrasse, s’était allongée seule sous la treille, les autres dormaient encore dans la maison, et elle avait regardé les ombres du feuillage former des tâches sur les pierres. Et ça lui était revenu. La naissance des… Lire la suite .154
  • .153
    Au dehors, la vie à marée basse.
  • .152
    À domicile / ad libitum / ad victoriam ? / ad nauseam Bis repetita (placent?)
  • .151
    Le vide a-t-il une ombre?
  • .150
    La haie n’est pas une ligne mince. La haie est épaisse, large, elle a de la hauteur aussi. La haie est un monde. C’est important de le savoir, de l’écrire. Il faut rompre avec cette idée que la haie est une ligne entre deux aplats. Rompre, aussi, avec l’idée d’une… Lire la suite .150
  • .149
    Après de longues heures, dans le tissus du masque, retrouver cette odeur singulière teintée de salive et de souffle, cette humidité soyeuse et intime, que seul le doudou de l’enfance savait convoquer.
  • .148
    Depuis nos intérieurs, faire l’expérience de la densité des vies de fictions.
  • .147
    Ordinateur jamais éteins, je veux garder le monde dans son pli, à distance de ma main.
  • .146
    Est-il commun à tous, ce remord de n’avoir pas assez profité des recoins et refuges de la maison première?
  • .145
    Il y a des froissements d’air à l’approche de l’épaule que le souvenir érige en monument.
  • .144
    Tu n’as qu’à sortir de la maison. À peine m’as-tu laissé, ton ombre encore en mémoire sur le bois de la porte, que déjà l’écriture affleure; dans la nécessité absolue d’un lieu à moi.
  • .143
    Approche. Viens. Sombre avec moi dans la matière. Viens te fondre dans les feuillages. Cherchons ensemble ce que serait ta force neuve.
  • .142
    Je porterai clavicules et épaules apparentes. Je porterai dos et ventre nus, poitrine à l’air libre, si cela me chante. Je porterai mon corps entier sous vos yeux et sans hourra. Je le porterai sans me soucier de vous. Et, tout en me relisant, me dire que le corps n’apparaît… Lire la suite .142
  • .141
    Les chatons À J.C. Oates Les chatons, c’est l’affaire de ton père. C’était ça depuis toujours, l’histoire se rejouait plusieurs fois l’an et la mère n’en démordait pas. La chatte de la maison devenait grosse, se trainait de plus en plus difficilement jusqu’à libérer quatre adorables boules de poils dans… Lire la suite .141
  • .140
    Écrire en s’érigeant de nouveaux principes, comme des montagnes à parcourir: non plus dire le collage d’éléments disparates mais bel et bien le faire advenir sur les pages. Que la colle soit lisible autant que la variété des matériaux.
  • .139
    Nos sacs s’étaient décomposés à l’arrière de la gare. Le grand escalier de la ville était englouti sous les branchages. Tout avait été recouvert, même les ombres de l’explosion avaient été avalées par des fougères devenues monstrueuses.
  • .138
    La lisière n’était plus une ligne. Elle avait fondu, s’était mêlée à l’ensemble du monde: territoire métisse.
  • .137
    L’aubépine n’attend personne pour délivrer ses fleurs.
  • .136
    A quelques heures de marche, existe une terre avec des mâchoires de calcaires. Là bas, les politesses sont des coups de griffes.
  • .135
    Invitation à laisser choir la peau en éclat : par le dessin, être démembrée. Qu’on ne garde de moi qu’un seul genou, à peine une miette. Qu’on suspende, sur la page, ma clavicule. Que les lignes se déploient et découpent peu à peu l’un de mes bras. Qu’au fusain, s’accumulent… Lire la suite .135
  • .134
    URGENT. Recherche éclipses stroboscopiques, sequins et rythmes synthétiques pour mettre fin au désœuvrement nocturne. Plaisantins s’abstenir.
  • .133
    Parfois, se sentir comme un éléphant devant un ananas truffé d’explosifs.
  • .132
    Carpes et phalanges gauches au sol. Ischions bientôt à la verticale. Fémurs, tibias, péronés enchevêtrés. Sternum, cervicales et crâne étagés sur le bassin. T’as d’os assis. Bras droit ballant.
  • .131
    A ceux qui reviendront des mondes anciens, parlerons-nous d’une érotique du masque? Parlerons-nous des plaisirs suscités par d’intenses regards échangés sans la crainte de voir rosir les joues?
  • .130
    Je vais à la rivière pour m’évader de ce monde de parcelles et de champs, c’est aussi une manière d’entrer dans le sol. Sous les pierres une multitude de petits organismes aux corps translucides, noirs ou gris qui vivent agrippés là. Quand c’est la saison, les œufs de grenouilles agglutinés… Lire la suite .130
  • .129
    Corps de ferme La première borne c’est la maison d’enfance. La grande maison au bout du chemin, le cœur du hameau. C’est une maison immense, bourgeoise, pas vraiment la représentation que l’on se fait de la maison paysanne. Rien à voir avec le corps de ferme crasseux et sombre qu’on… Lire la suite .129
  • .128
    La fascination pour un point sur la carte fonde parfois le désir d’écrire mais cela ne donne guère plus que l’élan initial à la prise de parole ; ensuite, que faire et par où commencer pour dire le lieu ?
  • .127
    Apprendre à discuter ergonomie du poste de travail. Découvrir l’existence de souris verticales. S’interroger, pour la première fois, sur la position de son écran. Fantasmer des accoudoirs réglables. Télétravailler de guingois. Rester perplexe à domicile.
  • .126
    Travailler une terre, parfois la posséder, ça ne laisse pas les corps tranquilles, ça empli les mémoires de souvenirs et de noms, parce qu’à force de l’arpenter de long en large avec les bêtes, le tracteur ou des piquets on finit par lui trouver des singularités ; pour chaque segment des… Lire la suite .126
  • .125
    Le lieu a besoin de temps pour déployer ses phrases, il se conjugue au travers des saisons.
  • .124
    Transfuge en tous lieux. A la ville comme à la campagne, mon territoire s’hybride. La stabulation, le barrage, l’enclos pour les bêtes sont autant le paysage que les boulevards, le métro ou le centre-ville. A Marseille, les odeurs de vases du port me ramènent facilement au bassin d’eau des vaches… Lire la suite .124
  • .123
    Comment tient-on debout ? A force de le faire naturellement, on ne se rend plus compte que c’est un savoir-faire appris et perfectionné.
  • .122
    Cabine B245  – Au réveil exaucée Je ne rêvais que de ça : être coincée entre quatre murs, même par accident, contrainte d’user le temps jusqu’à la moelle et dans tous ses recoins. Ça flottait à l’intérieur de moi depuis des lustres, comme un horizon inatteignable, une chimère qui brusquement venait… Lire la suite .122
  • .121
    Silence tenu : poésie possible.
  • .120
    Délaisserons-nous nos intérieurs pour de plus amples salons ? Irons-nous voir la mer?
  • .119
    Et arriver à la rivière comme devant le Saint-Graal.
  • .118
    Sortir comme on part en pèlerinage. Marcher sous les étoiles, l’humus replié sur le ciel et entendre la mer. Laisser, loin, les souliers d’autrefois. Prendre de la distance.
  • .117
    Nous allions vite, trop vite, la marche ne devait pas se faire les yeux à terre. Les reliefs étaient engouffrés, engloutis, à peine ressentis. Plusieurs, sur la route, nous répétaient : « gardez-vous de trop vite unifier ! »
  • .116
    Il m’arrive de souhaiter quelques changements d’échelles. Je voudrais voir un chien de la taille d’une vache et une vache de la taille d’un chien. J’aurais une vache de compagnie et un chien immense regarderait passer mon train. C’est un rêve que je ne m’explique pas.
  • .115
    Depuis / À travers / Contre / Par la langue des autres, j’écris contaminée.  
  • .114
    Si je tenais à m’adresser à vous Mes chers À ce moment C’est que Surtout Je sais ce que je sais   Cela passera par un plan   Et une production comme en ligne Pour produire et Nous Nous aurons, imaginez-le Nous aurons continué à distribuer Des ratés Encore  … Lire la suite .114
  • .113
    Les luttes de territoires ne tolèrent aucun espace vide. Humanité en quarantaine, rorquals au Frioul.
  • .112
    Corps chrétien ou les œufs à la sauce aurore   Je me suis levée ce matin avec une idée bien précise : manger des œufs sauce aurore avant la fin de la journée. Je ne m’explique pas d’où vient cette envie de manger des œufs précisément selon cette recette. Je me… Lire la suite .112
  • .111
    J’ai patienté avant de l’écrire, juste suffisamment pour voir si cela se reproduirait plusieurs fois; pour vérifier, en quelque sorte, que mes yeux ne me trompent pas. En fin de journée, j’ai attendu la percée bleu turquoise à l’avant de la maison; j’ai attendu le ballet des vélos à l’approche… Lire la suite .111
  • .110
    Les visages rongés par la toile: bouches, nez, disparus de la circulation.
  • .109
    La première borne c’est la maison d’enfance.
  • .108
    Coincée dans l’habitacle de ma voiture, le coffre ouvert, je n’ai pas le droit de descendre m’a-t-on expliqué. Rapport à la situation actuelle, le virus, les gestes barrières… Bientôt vingt-jours, je n’épilogue pas, la situation est intégrée désormais. Je suis sommée de rester assise en attendant la livraison, alors je… Lire la suite .108
  • .107
    Nous étions plusieurs solitudes, des milliers, agglutinées les unes aux autres comme les œufs d’une grenouille. Nos corps resserrés, tapis dans l’attente.
  • .106
    La Terre, soudain recouverte d’îles.
  • .105
    Du Mont-Blanc, je n’ai jamais fait l’ascension, pas même le tour. Le Mont-Blanc c’est d’abord une montagne de chiffre, un nombre gigantesque appris à l’école bien docilement : 4 809 mètres, le plus haut sommet d’Europe. Difficile à imaginer quand on a grandi à quelques dizaines de mètres au-dessus du niveau de… Lire la suite .105