le divers, l’enclos

Parler, un peu, de l’écriture…

Divers : ensemble de choses hétérogènes, matière composée d’une multitude de substances palpables ou non. Divers : l’ensemble de ce qui a été, est et est à venir. Le divers, comme une infatigable source à laquelle on s’expose en vivant et qui se donne tout entier dans ses démesures et ses incohérences. C’est un fourre-tout, où tout ce qui m’entoure est. Le divers : somme de toutes les matières, de tous les possibles, de tous les vivants, de tous les morts, de tous les temps. Il y a matière à voir, à toucher, à vivre dans le divers, il y a matière à dire. C’est le monde en puissance. Ça n’a pas de limites. Mais qu’en faire?

J’ai recours à l’enclos.

J’écris.

Enclos : Zone délimitée.

Qu’est-ce que, du divers, j’enclos dans mes mots ?

L’enclos, ça me rapproche nécessairement des bêtes, celles assez grosses, plus vraiment sauvages. L’enclos, première tentative pour une domestication. Plus que d’enfermer, il s’agit d’encercler. Encercler, entendu dans son sens graphique, comme une main qui « trace un cercle autour de ». Limite graphique, mouvante, l’enclos n’est pas définitif. Il est sans cesse à reconsidérer, sans cesse en mouvement.

Le divers est nécessairement toujours plus grand et je m’obstine à poser mes piquets. Je m’obstine, par goût de l’exercice et pour ne pas cesser de voir que la tentative de délimitation ne tient pas. Parce que le divers est abrasif, tendu, les mots cèdent. La parcelle échappe à la saisie. Et je peux recommencer, tenter de dessiner les contours d’une nouvelle zone qui ne serait pas encore apparu, pas sous cette forme.

La pratique de l’enclos se situe précisément là, dans ce désir d’un découpage du divers. Et ce découpage non encore advenu, motive la recherche, les hésitations, les colères et les tremblements. La pratique de l’enclos n’est pas un geste de capture conquérante et dominatrice, c’est un geste de délimitation qui porte en lui la prescience de son échec.

L’enclos est toujours balayé.

Mais, tout fugace qu’il est, l’enclos permet de jeter un regard neuf sur le divers, sur ce qui s’y joue, ce que l’on se dispute, sur ce qui nous noue et nous délie. Comme un mouvement de cape, l’enclos entretien l’étonnement ou l’inquiétude, réaffirme l’alerte.