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Avant le confinement j’aimais être chez moi. Mais là j’angoisse. Peut-être qu’avec la saison dégueulasse qui arrive ça va se tasser.

Le goût du cosy va revenir, j’espère.

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10h30. 8 octobre 2021. Poitiers.

Je fais la queue comme tous ces autres devant la porte d’entrée qui nous donnera accès à la braderie Emmaüs. Nous sommes une centaine à patienter pour dénicher quelques fringues à prix modique, peut-être quelques accessoires pour la maison, des chaussures ou quelques bodies pour enfants en bas âges. La foule ne cesse de gonfler et même si je vois bien qu’elle n’est pas uniforme, que quelques antiquaires ont rejoint les rangs, que quelques bourgeoises font aussi leur sortie, je vois surtout que nous pouvons former un nous plutôt démunis, un nous sans bien, sans fric, sans grande possession. La braderie est une revanche, une île de quelques m2 qui nous offre tout le loisir de nous adonner à la prise de possession sans risque de banqueroute. Plaisir des petits.

Quelques heures plus tard.

Je sors et suis frappée par l’ironie spatiale: devant l’île, le Crédit Agricole Mutuel de la Touraine et du Poitou.

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La lumière du temps me traverse. J’ai trois ans, douze, trente-deux ans et soixante-sept à la fois. Je suis toutes mes cellules rassemblées : vieillissantes, perdues, en formation. Je suis toutes mes cellules et toutes les années du monde à la fois. Mémoire, présence et oracle. Plus rien ne craquèle à l’intérieur. Toutes les brèches ont été colmatées par l’instant et son souffle venu se loger à l’arrière de mes reins. Il n’y a pas de sentiment plus ample. Angoisse et apaisement rassemblés au-dedans comme une peau sur les vertèbres.