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Dans la salle froide du colloque, j’ai regardé cette femme lire les mots d’une autre qui manquait, pour des raisons personnelles, ce jour de grand raout universitaire. La lectrice, Annie, assez âgée, avait été il y a longtemps la directrice de thèse de l’absente du jour. Elle la lisait lentement et avec grand intérêt, se confondant dans le « je » de son ancienne élève. C’était beau de l’entendre et de la voir s’animer au travers des mots de celle qu’elle avait formé ; nous laissant spectateurs d’une fusion temporaire de la professeure et de l’élève. Fusion maintenue jusqu’au heurt provoqué par un mot, véritable accroc dans le tissu du texte. En déséquilibre, la professeure avait laissé échapper ses mots : « Excusez-moi, je me perds un peu mais enfin, elle se perds elle-même alors évidement… » Et dans l’espace infime de cette déchirure avoir vu restaurée prestement et comme par habitude la hiérarchie d’antan.