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Il y a eu un immense tremblement. Il a duré des centaines d’année et la vie a reparu. Après la secousse, quand les nouveaux vivants sont sortis de leurs terriers, ils ont marché vers ce qui, autrefois, était la mer. Au-dehors, sur la route, ils ne reconnaissaient plus rien car tout ce qu’ils avaient connus avait été engouffré, enseveli sous les plissements du terrain. La marche de tous ces corps était guidée par le désir de revoir la Méditerranée, de s’abandonner à son horizon de vagues. Personne ne savait si la nuit allait venir de nouveau. On marchait dans un temps sans heures et, dans la procession, certains murmurait que le jour n’aurait plus jamais de fin. Non loin de la route, il arrivait que l’on distingue des silhouettes qui évoquaient la forme des arbres d’autrefois. Ils étaient rares et couverts d’une épaisse peau d’argile orangée qui les protégeait des vents. Au-delà de ces quelques silhouettes, personne ne semblait rien reconnaitre. Après une marche d’un jour sans limite les premiers hommes sont arrivés au bord de la falaise. Face à eux s’étendait une épaisse langue de croute asséchée, dans laquelle étaient saisie une multitude de silhouettes. C’étaient les femmes et les hommes d’autrefois, ceux que l’on avait réduit à la noyade, laissés à la lente déroute des sédiments.