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Je vais à la rivière pour m’évader de ce monde de parcelles et de champs, c’est aussi une manière d’entrer dans le sol. Sous les pierres une multitude de petits organismes aux corps translucides, noirs ou gris qui vivent agrippés là. Quand c’est la saison, les œufs de grenouilles agglutinés entre les pierres à l’abri du courant, ensuite, les têtards et leur petite queue translucide que j’essaie d’attraper pendant des heures au creux de ma main. Sous la surface quelque chose bruit, s’agite, se prépare. Ça fomente par en-dessous. L’observation minutieuse m’apprend cela chaque après-midi. J’en déduit qu’il en va de même pour toutes les portions de terres; que ce que je croyais inerte sous les ongles des vaches et sous mes semelles est peuplé.